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Readiness is all... (2008)

Il y a du nouveau chez Caroline Zelnik. Un dispositif entre la paléontologie et les meubles de vacances. 
Des transats, des tubulures, des trucs contre le soleil, laissés dans la grange en attendant l’été. 
Les mains de l’artiste les ont bricolés, entourés, détourés, embellis, et les voilà empanachés de toute l’élégance amusée avec laquelle Caroline Zelnik s’empare du monde… Des créatures du cénozoïque s’y sont installées. Un Archéopteryx s’y est attardé.

Il y a maintenant grâce à elle un monde prêt, prêt à jouer. Readiness is all, disais-je, après Shakespeare, car je crois que ses constructions sont comme en attente d’un départ. Comme sur des starting-blocks. Orientées presque toutes dans une direction. Pointées. Sur une patte. Le cou très dressé. C’est ça. En éveil et concentrées. Un régal pour Darwin, tous ces spécimens au bord de se réanimer. Il les a bagués pour être sûr de les retrouver quand ils seront dans la nature. Embarqués par ceux qui auront vu le joyeux mouvement, toujours rythmé, de ses mécaniques légères. Il y a des anneaux, des alliances qui dansent dans ces nouveaux mariages. Des mariées mises à nue, et qui jonglent… On pense aux équilibristes, au cirque où les anneaux volent et reviennent toujours là où il faut, comme des boomerangs. Tiens "boomerang" cela fait partie des sonorités qui vont bien aux objets de Caroline Zelnik. Un mouvement aléatoire mais très raisonné. Ca tient debout, c'est en équilibre mais comme sur des trapèzes que sa malice fait juste un peu trop fins. 
Tout ce dispositif vous donne le sens de sa gravité à elle, et un peu de vertige. Ca balance, c'est joyeux mais ça n'oublie pas d'évoquer le risque et la chute toujours possible.


Ses agencements nous font comprendre qu'à partir d'un équilibre instable on peut saisir l'harmonie rêvée.

Muriel Teodori

La jolie mission de rassembler (2006)

Le geste artistique nous offre des femmes penchées et attentives, des Arlequins, des enfants dansant, des êtres endormis, des utopies, tout un monde de bienveillance. Au coeur même de ce souci bienveillant, il y a l’idée d’assemblage qui porte en son nom comme le voeu d’une réconciliation entre les choses. Petits bouts bricolés où rien ne peut être sans importance, petits éléments dérisoires, délaissés, qui se rappellent à nous comme faisant partie du grand tout : Caroline Zelnik a collectionné tous ces restes d’histoires, tous ces éclats, et s’est mise au travail. Animée de cette mission discrète d’organiser des retrouvailles, elle a décidé de rassembler avec confiance le disparate et de construire, avec de l’hybride, de l’harmonie.
« Technique mixte », dit-elle quand elle invente cette Libellule-navire, animal mythique et condensé, comme réparé et prêt à une seconde chance, à un nouvel envol.
« Technique mixte » , qui parle encore du mélange des matières les plus compactes, pour évoquer, grâce à une disposition élégante, du léger, du translucide, des syllabes de poètes : LI-BE-LUL, comme pour jouer et arrêter un instant dans sa course un insecte éphémère.

Il y a une malice dans l’art de Caroline Zelnik : un pouvoir discret de créer un monde à son goût, une petite réalité pleine d’humour et de couleurs Bauhaussiennes, et aux allures loufoques. Ses assemblages, ses collages gardent toujours cette dimension, quelque chose qui cherche l’équilibre entre la gravité et le fantasque. Il y a une tendresse amusée dans sa manière de déjouer les repères d’espace. C’est grand ou c’est petit ? Des bateaux qui tiendraient dans la main, la libellule grande qui dessine tout un hors champ du monde dans lequel elle se déplace en rythme. C’est donc plus un espace musical qui est proposé : une note de bois, un accord de minces fils métalliques, des gammes de morceaux de verres adoucis, des partitions de cartons, à qui cette bricoleuse, cousine de Satie, par son goût du simple, donne une cohérence sans sérieux.

Muriel Teodori

Des vistemboirs et des humachines
à la fête foraine (2010)

« ENTREZ ENTREZ ! »
La fête bat son plein. On sent comme quelque chose qui bascule.
Entrez dans la fête ! Elle est foraine à défaut d’être d’enfer. La fête arrive près de chez nous et commence à monter ses manèges. Des grandes personnes voient ce monde aller à vau-l’eau et à l’eau rare. Et qu’est-ce qu’elles font ? Elles paraissent distraites. Têtes en l’air ! On dirait qu’elles vont voir ailleurs. Un instant de suspension qui fascine juste parce que ça tient encore debout. Ça tient du miracle.
Cette fois, Caroline Zelnik regarde les agencements devenir des mutants de plus en plus filiformes. Le recyclage prend tout son sens. Elle retarde la catastrophe écologique ! Economie de matières. Métamorphose des humachines.
Et puis elle fait quelque chose d’incroyable avec ses petits formats industriels. Elle nous fait lever les yeux. Ça alors. On dirait qu’on a la tête dans le ciel. La tête qui tourne à force de regarder ces trucs là-haut qui bougent du sommet. Comme à la fête foraine, je vous le dis. Du coup c’est magique, un peu inquiétant comme un livre de Ray Bradbury.
Mais regardez bien.
Vous aviez cru que ça tenait debout ? Mais non ! C’est parce que ça vient d’en haut. C’est accroché aux nuages. C’est la combine qu’elle a trouvée pour que ça soit solide quand même, parce qu’ici-bas, tout se casse la figure. Elle le montre comme ça !
Fêtes fautives de manque de fièvres.
Fictives ferrailles funambules.
Filles ferventes et fidèles en filigrane, fières à nouveau.
Finesse faufilée où farfouille, au fil du rasoir, travail de fourmi, une famille façonnée par le fabuleux.
Fuir les funèbres gaspillages. Faire fi des faux-fuyants. Un appel à la conscience. Ses constructions sont accrochées à l’éther. A ce qu’il en reste.
« Saute en l’air » propose une jolie chanson française ! Caroline nous donne le trampoline. Et en plus, ça rime !

Muriel Téodori

Filatures (2012)

Le fil de fer est le fil directeur, le fil organisateur des sculptures de Caroline Zelnik. Un fil fin, animé, aventureux qui explore et creuse l'espace autour de lui, crée des géométries inédites, construit des volumes où paradoxalement le vide prend vie. Un fil qui déjoue la gravitation et se moque de la gravité, chante le plaisir d'exister, attrape dans ses collets l'improbable, piège le hasard et ses aléas pour nous rendre leur étrangeté presque nécessaire.

Observez donc bien ce fil. Suivez sa trajectoire. Regardez-le monter, accélérer, bondir, revenir en arrière, s'arrêter, trembler, repartir... Que vous arrive-t-il alors? Avec lui, vous éprouvez la joie du looping minuscule, la surprise du hoquet facétieux, les émois du triple salto centimétrique et du lasso sans nœud, les frissons du double tonneau en cloche, le ravissement de la crèpe retournée poîlée et vous voilà alors en état de jubilation avancé car ce fil de fer audacieux capture des météores de joie pure.

A présent, descendez de ces toboggans tournés vers le ciel, reculez-vous un peu. Regardez chaque sculpture comme ensemble. Caroline Zelnik y a insufflé la vie. Un géotropisme végétal l'anime, la fait pousser. Le fil de fer est soudain volubile, vivant, quasi autonome. Il en résulte des figures nouvelles, des créatures surprenantes, des constellations inconnues à peine amarrées à la terre, des chorégraphies en feux d'artifice, des graphes poétiques à trois dimensions.

Vous pouvez maintenant imaginer les vies passées, voire antérieures, de Caroline Zelnik. Une enfance à sauter sur un lit à ressorts, à dresser des puces dans un tiroir, à contempler couchée dans un pré le vol des hannetons. Une adolescence à démonter des pendules, à désosser des sismographes, à imiter les staccatos d'un télescripteur. Puis des années à promener sa curiosité le long des chemins les plus divers qu'elle sonorise de temps à autre d'un rire explosif et contagieux. Son biographe ouïghour assure qu'elle a étudié de près les tics oculaires du caméléon numismate de Sumatra et s'est longtemps intéréssée au système nerveux des lièvres chatouilleux tadjiks atteints de la Tremblante de Wolff. Nous n'avons pas vérifié ces derniers éléments biographiques, mais tout cela nous semble hautement vraisemblable.

Les sculptures de Caroline Zelnik ne font pas dans le monumental. Ici pas de démesure, pas d'ego surdimensionné. Nous sommes dans des harmonies élégantes, subtiles, ténues mais aussi audacieuses, risquées qui dans leur rencontre avec l'inattendu n'oublient jamais le clin d'oeil et l'humour. Dans le monde original de Caroline Zelnik, une généalogie d'espèces nouvelles part à l'assaut du possible et accède à l'existence. Et si ce monde poétique réjouit tant, c'est qu'il est beau, beau comme tout ce qui naît et émerge de ce qui n'était pas.

Jean Gibiard

Calligraphie spatiale (2014)

D’où vient une impression de beauté ? Elle réside peut-être dans le sentiment qu’aucune variation n’est possible dans un œuvre, sous peine d’altérer son harmonie et de porter atteinte à son point d’équilibre. La réussite de Caroline Zelnik est de parvenir à cette impression de justesse, à cet état-limite qui allie subtilement les contraires, consistance et légèreté, dispersion et unité, dynamisme et stabilité, rigueur méticuleuse et fantaisie joyeuse. L’imagination a besoin des oppositions et des accidents du hasard pour s’élancer. Non sans risque : un petit rien peut l’entraver, et l’œuvre amorcée retourner à la pesanteur. Tout commence par la poésie, mais rien ne se fait sans la technique. La coalescence des matériaux choisis s’apparente aux miraculeuses greffes de la nature. Les ramifications du jet à partir de la tige première semblent prendre leur essor de leur seule énergie intérieure, comme une plante se nourrit de sève. Gouttelettes de couleur suspendues, les écailles de bois transmettent leurs étincelles aux compositions et les animent. Rien n’est figé : chaque changement de perspective redessine une nouvelle architecture, car l’œuvre est libre et maîtresse de son espace. Le rêveur plonge avec bonheur dans cette végétation métallique qui l’entraîne d’une réalité sensible vers un univers épuré de signes et d’abstraction : un univers épuré qui pourrait s’apparenter à celui d’une calligraphie en trois dimensions, où chaque composition serait le pictogramme d’un alphabet propre à l’artiste. Sabine Mechior-Bonnet

Sabine Melchior-Bonnet

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